Le révolutionnaire

Dans un de mes premiers articles, je vous ai présenté mon ancêtre chouan, Mathurin Félix Jean Saillard, vivant à Concoret, et je vous expliquais comment avec sa famille il avait été la cible des révolutionnaires (ou patriotes) de la commune voisine de Paimpont. A la tête de ces révolutionnaires de Paimpont, le pire ennemi de Mathurin s’appelle Pierre Augustin Morfouesse, qui pour l’anecdote est aussi un de mes ancêtres.

Il nait le 28 avril 1767 dans le hameau de Gaillarde à Paimpont. Il est le fils de Guillaume Morfouesse et de Thomas Socquet.

Acte de baptême de Pierre Augustin Morfouace le 28 avril 1767 à Paimpont (35)

L'incendie du château de Comper le 28 janvier 1790.

Lorsqu’éclatent les troubles révolutionnaires, Pierre Augustin choisit très vite le camps de la contestation contre l’ancien régime. Dès 1790, lors des révoltes agraires de la région, il fait parler de lui en participant à l’incendie du château de Comper.

«Le mercredi 27 janvier, vers trois heures de l’après-midi, une troupe d’environ quatre-cents hommes arrive au château de Comper. La masse des paysans, devancée par cinq cavaliers de la maréchaussée, est accompagnée de la milice nationale de Plélan au complet. On demande à boire et à manger au chapelain de Saint-Marc de Comper. Puis on réclame le sieur Michel, afin d’obtenir les titres de la seigneurie. La troupe menace de mettre le feu au château puis au bourg de Gaël si le régisseur Michel ne se présente pas dans la journée. Un domestique mandaté par le chapelain va le chercher à Gaël. De retour au château, Michel livre sous la contrainte les titres qui sont brûlés dans la cour intérieure. On l’oblige alors à signer, au nom de marquis de Montigny, une renonciation à tous les droits féodaux, puis on lui extorque de l’argent. Michel profite du tumulte résultant de la distribution de 180 livres en monnaie pour se fondre dans la foule, aidé de deux hommes, et gagner le bois de Comper puis Rennes. Une partie des émeutiers menés par « Auble », dit « poil de carotte », du village de Comper, saccage la chapelle, pille le château et met le feu dans la fuye, qui se communique au grand corps du château—  MONTGOBERT, Gilles, Eclats en Brocéliande : le Pays de Mauron 1789-1800, les mutations du monde rural, Saint-Léry (56), Office Culturel du District de Mauron, 1993. [Page 183] 

«Selon le procès verbal de la Garde nationale de Concoret, une partie des émeutiers se rend le lendemain matin jeudi 28 janvier vers huit heures, chez le procureur fiscal de Concoret pour lui demander des comptes».— MONTGOBERT, Gilles, Eclats en Brocéliande : le Pays de Mauron 1789-1800, les mutations du monde rural, Saint-Léry (56), Office Culturel du District de Mauron, 1993. [Page 184] —

«Environ quatre-vingts des mêmes hommes sont allés dans notre bourg, ils se sont incontinent saisis de l’étude d’un procureur fiscal, demeure du sieur Viallet. Ils y entrèrent, le sieur Viallet était absent, seules restaient sa femme Marie Renée Joseph Harel de Chantelou et sa servante Mathurine Morin, âgée de 27 ans. Ces hommes s’emparèrent de tous les titres, le nommé abbé Morfouesse, frère de Pierre, habitant à Plélan, était le plus acharné à descendre les papiers dans la rue où Félix Salmon du bourg de Concoret, y mit le feu. Les sieurs abbé Morfouesse et Pierre Morfouesse, son frère, avant de partir dirent hautement qu’ils reviendraient avec leur troupe le lundi ou mardi suivant si Viallet n’envoyait pas son désistement et sa déclaration de renoncer à jamais de travailler pour aucun noble. Ce que fit Viallet.»
A.D. 56 L 4496 in Montgobert Gilles (1993)

«Les quatre-vingts hommes, échauffés par l’altercation avec Viallet, continuent sur leur lancée et se dirigent vers le château du Rox en Concoret.
Ces mêmes gens, commandés par la rage et le désespoir, guidés par un esprit de vengeance qui enfantait un affreux souvenir de la féodalité tyrannique, se sont mis en chemin pour visiter un autre château nommé le Rox, situé aussi dans notre paroisse. Arrivés dans ce lieu, nous les avons sollicités à respecter les personnes qui y faisaient subsister le château, à ménager les titres qui assuraient les crédits du seigneur à qui ils appartenaient, et à conserver les quittances qui pouvaient empêcher les créanciers de mauvaise foi de commettre des injustices. Nos deux premiers avis ont été écoutés et mis en pratique, la destruction n’était point, ont-ils dit, le sujet de leur mission. Les personnes qui y ont fixé leur demeure n’y ont point été aussi insultées. Mais notre dernier conseil qui n’était pas moins prudent que les deux autres n’a mérité aucun suffrage : le partage des différents titres confondus sous la même serrure aurait exigé trop de travail ont-ils ajouté ! Ils ont mieux aimé se déterminer à les mettre sans distribution tous au feu qui n’a pas tardé à les réduire en cendres.»

 Même si nous ne sommes pas responsables de nos ancêtres, en tant qu’amoureux des vieilles pierres et des vieux papiers, les destructions de Pierre et de ses hommes me font un peu mal au coeur. Quelles informations intéressantes aurions-nous pu dénicher dans ces vieux papiers? Biensûr, je vis dans un contexte bien différent que celui de Pierre, donc je ne m’érigerai pas en juge.

Château de Comper
Château de Comper ( crédit: les portes du temps)

Son mariage

Le12 janvier 1791, Pierre Augustin Morfouesse se marie avec Mathurine Foulon, qui est une parente au 4 ème degré, ce qui nécessite l’obtention d’une dispense de consanguinité auprès de l’èvêque de Saint-Malo.

Mariage de Pierre Morfouesse et de Mathurine Foulon le 12 janvier 1791 à Paimpont

Attaquant et attaqué

D’après les mémoires de l’abbé Guillotin qui a décrit jour par jour le quotidien de la commune de Concoret pendant la Révolution, il nous informe ici des évènements d’octobre 1793 à Concoret, alors que Paris est en pleine Terreur et que la reine Marie-Antoinette se fait guillotiné le 16 octobre:

«Le dimanche, 6 octobre, je fus dénoncé à la municipalité de Paimpont, pour avoir exercé des fonctions en ladite paroisse ; et il y fut décidé de sommer les gendarmes de Plélan et 200 gardes nationaux de Paimpont pour venir me chercher le mercredi soir. J’en fus pré- venu : quatre gendarmes vinrent fouiller chez moi, au Vaubossart, et couchèrent au Rox. Les fusiliers de Paimpont, à la tête desquels étaient Pierre Morfouesse et les Houssais, fouillèrent chez mes parents, au bourg, à la Chau vêlais, aux rues Eon etc.. Je passai cette nuit sur la lande de Renihal, avec M. Clouet, curé du Bran»

 Le 30 août 1795, les hommes de la garnison de gaillarde assassinent Pierre Lecomte, frère de mon ancêtre Louis Lecomte:«Vers 7 heures du soir ce même jour, les particuliers assistés de quelques autres du cantonnement de Gaillarde, ont passé par le Pertuis du Faou et la Croix des Garennes et sont allés à la Jeannette. Ces gens armés et ivres pour la plupart ont enfoncé la porte de Julien FILY qu’ils ont fort maltraité et de Julien JOSSE dont la fille a été cruellement battue parce qu’elle avait reconnu deux hommes et les avait appelés par leur nom. De là ils sont allés aux Liordais et à la Gourichais et ont entouré la maison de la veuve GUILLOU DESVALLEES. Pierre LECOMTE de Comper, qui se trouvait chez elle pour arranger son mariage avec la fille de la dite veuve, a voulu s’évader par la porte de derrière mais il a été saisi par ces malfaiteurs. Ils l’ont traîné proche Rochalou où ils l’ont massacré à coups de baïonnettes. Puis par réjouissance ils ont fait une décharge de coups de fusils. Le cadavre est resté jusqu’au mardi vers 10 heures. Le juge de paix de Néant ayant refusé de faire les formalités usitées. L’infection a obligé de l’enterrer.»

Ce sont ensuite les royalistes qui s’en prennent à Pierre: «Samedi 5 octobre 1795 – Durant la nuit des particuliers viennent aux Fossettes où ils ont pris une vache et une génisse au patriote Pelo MORFOUESSE. Chez Paul MACE, acquéreur du Tertre, ils ont pris quelques boisseaux de froment. On présume que ce sont des royalistes

Les patriotes reviennent à Concoret pour harceler mes ancêtres Mathurin Saillard et Louis Lecomte: «Mardi matin 17 novembre 1795 – Avant le jour, une centaine de gens armés, tant soldats de Plélan que patriotes de Gaillarde sont venus à St Marc chez SAILLARD à Comper chez la veuve Louis GUYOMARD et Louis LECOMTE, au bourg Chez Maurice JALLU et puis ils sont allé à Rénihal, le Rocher, le Bran, Haligan et ont rejoint la forêt. Dans cette incursion, ils ont beaucoup pillé et ont emmené jusqu’à Rénihal, deux des GUYOMARD de Comper, enchaînés. Là, ils les ont renvoyés, ne trouvant pas de quoi les accuser.»

Ils reviennent le jour de Noël 1795 et s’en prennent à nouveau à Mathurin Saillard et aussi à un autre ancêtre Mathurin Rosselin. Ils sont de plus en plus violents: «L’acquéreur du tertre, Paul MACE, vient de Plélan avec le reste de ses effets, il conduit à Concoret les soldats de Plélan et les patriotes de Paimpont. Les gens ont fait toute sortes de cruautés et de brigandages dans la paroisse. Ils ont été à la Grée chez PAITRENION dont ils ont enfoncé la porte, pour voler. A St Marc chez SAILLARD, ils ont volé 50 francs d’argent et donné à SAILLARD un coup de baïonnette à l’épaule. Ils ont volé à la Jeannette, à la Gourichais, à Fontaine-Bouse où ils ont maltraité Mathurin ROSSELIN et pris tout son argent.»

En 1796, Pierre est très actif avec sa garnison de Gaillarde dans ses attaques contre le bourg royaliste de Concoret en exécutant plusieurs villageois:

«Le 5 mars 1796, la garnison de Gaillarde accompagnée de quelques particuliers de l’endroit, cherchant par Concoret les trois soldats arrêtés le jour précédent s’est saisie de Léry THOMAS chez SAILLART à Comper, à cause que ses fils sont royalistes, et l’a fait mourir de six coups de fusils dans la pâture de la Juglanne son cadavre y est resté jusqu’au 8 au soir depuis le 5 au matin. Les gens du Pertuis du Faou l’ont apporté au cimetière de Concoret.»

«Le 6 avril 1796, la garnison de Gaillarde, conduite par Pierre MORFOUESSE, s’est fait ouvrir l’église de Concoret, a pris à la sacristie linges, cierges, etc : a forcé toutes les clavures, a pris dans le clocher le drapeau tricolore que Monsieur VIALLET avait acheté en 1794 aux frais de la fabrique pour placer sur la chaire et l’a transporté sur la maison du camp de Gaillarde.»

 «Le mercredi 8 juin 1796, la garnison de Gaillarde, conduite par Pierre MORFOUESSE, a arrêté Félix GUILLON chez Julien JOSSE son beau père à La Jeannette et l’a conduit dans le bois de Comper où il a été fusillé et son cadavre jeté dans l’étang du pré où il a été plusieurs jours et ensuite enterré à Paimpont.»

  En 1799, c’est aux royalistes de venir harceler Pierre: «Le 26 novembre au soir, 500 ou 600 Royalistes ou mécontents viennent coucher à la Roche en Concoret et le lendemain vont enlever les grains de Mr Jean MACÉ de Gaillarde et de Mr BONVALLET de Thelouet, acquéreur de biens nationaux. Ils emmènent avec eux Pierre MORFOUESSE, patriote

Qu’est-il arrivé à Pierre lors de son escapade avec les royalistes? Je ne le sais pas, mais il n’est pas tué.

L’abbé Guillotin qui nous permet de suivre Pierre pendant la Révolution semble avoir été craint par ce dernier. Un témoignage dans la préface des mémoires du prêtre le laisse penser: « Un vieillard me raconta que les patriotes du camp de Gaillarde le craignaient à cause de sa haute influence sur ses compatriotes, d’autres m’ont affirmé que le commandant de ce poste défendait à ses hommes de lui faire aucun mal et que le prêtre allait pendant la nuit jusqu’aux abords du cantonnement, baptiser les enfants et assister les malades. Son devoir accompli, il ne s’attardait jamais malgré les invitations les plus pressantes. Le chef de camp ne l’ignorait pas, mais laissait faire par politique, car en cas de mort de Monsieur Guillotin, malheur serait arrivé à toute la garnison de Gaillarde

Son décès

En effet, ce n’est que quelques années plus tard que Pierre, ancien cloutier, décède le 19 octobre 1825 à l’age de 58 ans chez Mathurin Caro, cabaretier, demeurant rue des Patarins à Ploermel. 

Nous apprenons qu’il a été cloutier, c’est à dire fabricant de clous. C’était une profession très répandu à Paimpont, car il y existait une forge où travaillaient 230 personnes à la Révolution. C’est donc un monde ouvrier qui peuple Paimpont, par nature plus révolté par rapport aux cultivateurs royalistes de Concoret, ce qui peut expliquer leur engagement du coté révolutionnaire. 

Les exactions de la garnison de Gaillarde nous sont contés du coté royaliste par un prêtre réfractaire. Il serait intéressant aussi de retrouver les archives de cette garnison de Gaillarde, si elles existent, pour avoir aussi la vision des évènements du point de vue des patriotes.

Acte de décès de Pierre Morfouesse le 19 octobre 1825 à Ploërmel
Mon lien avec Pierre Augustin Auffret

2 commentaires

U comme l'Ultime soldat de Napoléon - Enquête de notre histoire · 25 novembre 2019 à 11 h 54 min

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Y comme Yann et son bilan du Challenge A à Z 2019 - Enquête de notre histoire · 1 décembre 2019 à 17 h 30 min

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