Interdit au moins de 18 ans!

Pour ce nouvel article, je préviens tout de suite « Âmes prudes, s’abstenir!». Oui, tout est bon pour attirer de nouveaux lecteurs.

Lors de mon article, I comme Inspecteur de Police au XVIIIème siècle, vous avez fait la connaissance de Robert Gaucher, conseiller du Roi, inspecteur de Police.

En recherchant des informations sur mon ancêtre, je me suis intéressé aux archives de la lieutenance générale de Police se trouvant dans les archives de la Bastille conservées à la Bibliothèque de l’Arsenal. On y retrouve de nombreux rapports de la police du XVIIIème siècle. A cette époque, le poids de l’Eglise sur la société était fort et toutes déviances des mœurs étaient fortement condamnées. La police parisienne veillait au grain en surveillant les lieux de débauche et arrêtait les moins discrets. Ce sont les rapports de ces surveillances et arrestations qui sont détaillées dans le plus grand détail dans ces archives. Leur lecture est assez croustillante.

Les prêtres et les prostituées

Même s’ils n’ont pas fait vœux de chasteté, mais simplement de célibat, les prêtres sont les représentants de cette morale chrétienne qui définit les grands principes qui organisent la société de l’époque. Ils se doivent donc d’être exemplaires, ou tout du moins de le faire paraître. Un prêtre dans un lieu de perdition n’est donc pas une bonne chose pour cette société. La police veille donc à attraper ces messieurs en soutane qui se perdraient chez les mères maquerelles.

Dans le dossier « Discipline des mœurs » du 2e bureau des années 1761-1762, nous retrouvons quelques-uns des rapports de Police décrivant l’arrestation de ces pauvres curés.

Le Sieur Dumont, prêtre de Paris

Dans son rapport du 9 février 1760, le commissaire au Chatelet Leblanc accompagné de l’inspecteur de Police Marais se rendent rue Contrescarpe dans la maison où pend l’enseigne La Roquette, et plus particulièrement au 2ème étage dans un appartement occupé par la nommée Baron, femme du monde et tenant mauvais lieu. Ils y trouvent un homme en habit d’ecclésiastique en compagnie de deux filles de mauvaises vie, Marie Anne Rozet et Anne Valdor dite Victoire. Interrogé, l’homme dit être Louis Nicolas Dumont, 44 ans, prêtre du diocèse de Paris. Il dit qu’il n’y a eu que des attouchements avec les dames et qu’il n’est pas coutumier de pareils endroits. Après vérification de son identité, le sieur Dumont est relaxé.

Le Sieur Philibert, grand vicaire d'Aire en Artois

Le 12 mai 1761, l’inspecteur Marais se rend rue Feydeau chez La Varenne, femme de débauche. Là, il surprend le Sieur Philibert, prêtre du diocèse d’Autun, grand vicaire d’Aire en Artois, qui avoue que « Melle Bellevue, fille de prostitution l’a manualisé jusqu’à parfaite pollution ». Il est à son tour relaxé.

Les Sieurs Régnier et Warmé

L’inspecteur a aussi affaire au Sieur Regnier, prêtre à Paris que «Melle Désirée a flagellé avec des verges» ou au Sieur Warmé, chantre de la cathédrale de Paris, qui «voyait charnellement  Melle Clerc, fille de prostitution et ce jusqu’à parfaite copulation»

La dénonciation des prêtres fichés

Au moment de la Révolution en 1790 sort un ouvrage avec le titre suivant : « Liste de tous les prêtres trouvés en flagrant délit chez les filles publiques de Paris sous l’ancien régime avec le nom et la demeure des femmes chez lesquelles ils ont été trouvés, et le détail des différents amusements qu’ils ont pris avec elles – Tirée de papiers trouvés à la Bastille » Dans l’avertissement, l’éditeur y dénonce le haut clergé et cherche à l’humilier par cette dénonciation. Il accuse aussi le gouvernement d’avoir espionné ces pauvres curés en payant les prostituées qui servaient d’indicatrices.

Les amours masculines

La grande majorité des documents des Archives de la Bastille liés aux affaires de mœurs concernent les relations charnelles entre hommes.

Dans son article « Police et Sodomie à Paris au XVIIIE siècle : Du péché au désordre, Michel Rey nous décrit ce que nous retrouvons dans ces archives : « L’information provient le plus souvent de provocateurs policiers, « les mouches », qui se laissent aborder sur les lieux de drague connus, font parler leur interlocuteur, et à un signal convenu, le font arrêter avant qu’il ne passe aux actes. Ils sont eux-mêmes d’anciens inculpés auxquels les exempts ont fait un chantage : enfermés ou employés. Les paroles rapportées, plus ou moins exactes, font, de toutes façons, partie du fond de banalités échangées au cours de ce type de rencontre. Les mémoires, assortis de notes qui rendent compte de l’enquête menée sur l’identité du coupable, et de la décision prise à son égard, sont, assez souvent complétées par des placets, rédigés à la demande de la famille et signés par des voisins dignes de foi (« bourgeois », prêtre, patrons).»

Dans ces hommes appréhendés par la Police nous retrouvons toutes les classes sociales et tous les âges en passant du domestique au Duc, du marchand au prêtre et de l’adolescent à l’homme mûr.

Jean Duru

Dans le rapport du 23 octobre 1727, c’est Jean Duru, natif de Bourgogne, homme marié, 34 ans, domestique hors de condition qui a été interpellé. Son accusateur déclare que « le nommé Jean Duru qui m’a montré son v…, et dit que je l’avais bien fait band… […] il m’a dit qu’il voudrait pour faire bien trouver quelque endroit pour que nous nous patinions […] à l’entrée de la rue Mazarine, il m’a encore montré son v… et m’a voulu mettre sa main dans ma culotte. Dans la conversation en marchant, il m’a dit qu’il avait f… en q… au milieu de la rue des St Pères, un jeune homme, qu’il avait entretenu […] il m’a dit qu’il avait f… un religieux de Sainte Geneviève ». Jean Duru est arrêté et est détenu au Petit Chatelet pendant un mois. Comme vous avez pu le lire, les actions des hommes sont décrites par la « mouche » dans le détail et manière assez crue.

L'abbé de la Tour

Le 5 juillet 1727, le rapport concerne l’abbé Latour décrit comme « un grand jeune homme habillé de noir, brun de visage, portant une perruque brune en bonnet d’abbé.» Rencontré au Luxembourg, il s’adresse à son tentateur de la manière suivante : « Il y a plus de 15 jours que j’avais envie de vous parler, mais je ne vous ai pas attaqué. […] Voulez-vous venir un de ces jours au bois de Boulogne avec moi, nous ferons une partie, nous serons quatre ou cinq. C’est l’endroit le plus commode du monde pour s’y divertir, et il m’a dit qu’il y avait été plus de quarante fois et s’y était f… en q… et branlé le v… et il m’a demandé si j’avais quelque jeune homme, qu’il le placerait, que c’est pour le mettre avec un jeune homme, mais que ce jeune homme n’était pas de la bougrerie, mais qu’il y était tous les jours » 

Plusieurs rapports concernent l’abbé de la Tour. L’inspecteur Simmonet l’a fait suivre pendant plus d’un mois. Dans le rapport du 2 août 1727, nous apprenons qu’il a 25 ans, originaire de Provence et est étudiant à Paris. Et cela ne s’invente pas, c’est porte de la rue d’Enfer que le pauvre abbé est arrêté et conduit au fort l’Evêque. Lors de son interrogatoire, l’abbé Delatour ne convient pas de toutes ces affaires de débauches avec les hommes, mais convient d’avoir proposé d’aller voir des filles. Il se défend mal. Il est libéré le 17 août 1727 à condition de servir en son pays. Il devra s’y engagé par écrit. Fils de bonne famille, plusieurs personnes sont intervenues pour le faire libérer. Par exemple, l’évêque d’Arles nous apprend que celui qui a fait « des choses abominables » dans les jardins du Luxembourg s’appelle D’Amphonse de Beaucaire, sieur de la tour. Il demande qu’il soit banni de Paris pour qu’à son retour en Provence, il puisse « mettre dans son devoir le jeune libertin ».

Le duc de R.

Aux Tuileries, le 3 septembre 1728, un homme revêtu de l’ordre du Cordon Bleu est arrêté. Il se fait passer pour le Prince de Lixin, mais est vite reconnu comme étant le duc de R… (Son nom complet curieusement n’apparaît pas. Est ce le duc de Richelieu?). Lorsqu’il est reconnu, « il en a pleuré et a pensé s’en évanouir. Il a promis que si sa santé le permettait, il irait le lendemain chez le Magistrat lui faire part de son aventure et le prier de ne pas la faire éclater qu’autant il se passerait son épée au travers du corps. » Il a même « offert de donner sa montre, ses bijoux et son argent pour qu’on le laissât aller avant que l’inspecteur fût arrivé »

La fine fleur de l'aristocratie française

Dans le jardin des Tuileries, c’est toute la fine fleur de l’aristocratie française qui s’y ballade à la recherche d’un moment de plaisir charnel avec d’autres hommes. Nous y retrouvons ainsi le prince Emmanuel de Lorraine, le duc de la F, le Marquis de Mirepoix ou le Marquis de Louville.

Charles Auguste d'Allonville de Louville, connu comme le marquis de Louville (1664-1731)
Gaston-Pierre-Charles de Lévis-Lomagne, marquis puis duc de Mirepoix (1699-1757)

Un regard sur l'envers du décor

La lecture des rapports de la police des mœurs du XVIIIème nous rend quelque peu voyeur. Cependant, elle nous permet d’avoir une vision de l’envers du décor de cette société qui devait dans les apparences respecter les grands principes de l’Eglise, mais qui était très libertine en particulier dans cette première moitié de XVIIIe siècle. La police veillait et était là pour attraper les contrevenants trop voyants. Si la plupart s’en sortait avec quelques jours de prison, ce ne fut pas le cas pour Bruno Lenoir et Jean Diot qui furent brûlés en place de grève le 6 juillet 1750. 

Peut-être certains de vos ancêtres se cachent dans ces archives. Et vous, avez-vous découvert lors de vos recherches de surprenantes archives que vous souhaiteriez faire partager?


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