La conscription

Avec la Révolution française et l’Empire, la France a été en guerre avec toute l’Europe pendant au moins vingt ans. Face à ses nombreux ennemis, elle ne peut pas compter simplement sur ses militaires professionnels. Elle met en place alors la conscription avec la loi Jourdan-Delbrel du 5 septembre 1798. Cette conscription permet de fournir les armées napoléoniennes.  Entre 1804 et 1813, 2 300 000 Français sont ainsi appelés, ce qui représente 7 % à 8 % des Français en âge de porter les armes et appelés sous les drapeaux. Dans nos ancêtres, il y en a donc forcément qui ont fait parti de la Grande Armée naopléonienne. Mais comment identifier ces personnes et leur parcours?

Tirage au sort pour la conscription, Anonyme © RMN-Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée

La base de données des soldats napoléoniens

Je vous propose une méthode pour les retrouver. Cette méthode n’est pas exhaustive, mais elle m’a permis d’en retrouver quelques uns. 

Le site Mémoire des Hommes du Ministère des Armées met à notre disposition en ligne les registres de contrôle des troupes de la garde impériale et de l’infanterie de ligne pour la période allant de 1802 à 1815 (sous-séries GR 20 YC et GR 21 YC).

Il est fastidieux de vérifier l’ensemble de ces registres dans l’espoir de trouver une personne connue, car le classement n’est pas alphabétique. Heureusement, un projet de bénévoles soutenu par Geneanet  a été mis en place pour indexer l’ensemble de ces fiches. Environ 722 000 soldés ont été indexés.

Cette base de données est disponible sur le site Geneanet en cliquant ici: SOLDATS NAPOLEONIENS

Une recherche simple

La recherche dans la base de données est assez simple. Elle peut se faire en tapant le nom, le prénom, la profession ou la ville de naissance du soldat. 

Je privilégie tout d’abord une recherche par la ville de naissance, puis le nom de famille si pas trop courant. Il faut faire attention aux variantes orthographiques et tester plusieurs variantes.

Jacques Julien et Jacques Toussaint Chailliou

La plongée dans les registres de contrôle des troupes permet d’avoir une description du soldat, de savoir dans quelle corps d’armée il a servi et parfois dans quels batailles il a combattu ou disparu.

Pour les frères Chailloux, nous apprenons que Jacques Julien mesure 1m 60, a le visage ovale avec des taches de rousseurs, le front bas, les yeux bleux, un petit gros nez, une bouche de taille moyenne, un menton rond et des cheveux et sourcils chatains foncés. Il rentre le 13 frimaire an 14 (4 décembre 1805) dans le 4e Bataillon de la 3ème compagnie du 5ème régiment d’infanterie de ligne et il disparaît sur le champ de bataille le 17 juin 1806 devant Raguse (en croate Dubrovnic).

L’éphémérides militaires, depuis 1792 jusqu’en 1815 nous décrit le combat de Raguse:

Le 6 juillet 1806. COMBAT ET DÉBLOCUS DE RAGUSE.
Au mois de juin 1806, une escadre russe débarqua six mille hommes aux bouches du Cattaro. Dix mille Monténégrins s’étant joints à ce corps de troupes, il marcha vers Raguse, où commandait le général Lauriston, n’ayant que deux mille Français sous ses ordres. Ce général, trop faible pour résister à des forces si considérables, s’enferma dans cette ville, déterminé à s’y défendre jusqu’à la dernière extrémité. Après vingt jours de blocus, les Russes et les Monténégrins commencèrent le siège, et pendant quinze jours battirent Raguse par de nombreuses batteries. Cependant le général Molitor, qui commandait en Dalmatie, se porta au secours du général Lauriston avec les troupes sous ses ordres. Le 6 juillet il arriva en vue de la ville assiégée, et attaqua aussitôt l’ennemi. Les Monténégrins et les Russes eurent débusqués de toutes leurs positions; et, pressés vivement, ils ne trouvèrent de refuge, les derniers que sur leurs vaisseaux, les premiers que dans leurs montagnes, où ils furent opiniâtrement poursuivis. Vingt pièces de canon, six mortiers, beaucoup de caronnades, une grande quantité de munitions, et la délivrance de Raguse, furent le fruit de la valeur des troupes et de 1habileté des dispositions du général-Molitor. Le général Delzons, les colonels Bonté, Minai, Teste, Montfalcon, le capitaine Bataille, aide-de-camp du vice-roi d’Italie, et l’aide-de-camp du général Molitor, Balthasar, furent cités pour leur conduite danscette brillante affaire. Le colonel Teste fut nommé général de brigade.
»

Son frère, Jacques Toussaint Chaillioux lui est fait prisonnier de guerre de l’Armée d’Espagne le 18 mai 1811 à la bataille d’Albuera. Il ne rentrera que le 3 juillet 1814.

La bataille d’Albuera se déroula le 16 mai 1811, pendant la guerre d’Espagne, et oppose l’armée anglo-hispano-portugaise du général William Carr Beresford à l’armée française du maréchal Soult à Albuera, à environ 20 kilomètres au sud de Badajoz, en Espagne. Bien que meurtrière, elle se solda par un statu quo stratégique et tactique pour les deux camps.

Jean-Marie Hamon

Pour Jean-Marie Hamon, le service sera de courte de durée. Militaire appelé, il arrive dans le 2e bataillon de la 3e compagnie du 65e régiment d’infanterie de ligne le 2 mai 1815 et déserte le 22 juillet 1815 ce qui s’explique par la défaite de Waterloo du 18 juin 1815.

Louis et Mathurin Josse

Pour les frères Louis et Mathurin Josse, leur fiche ne donne pas d’information sur leur bataille. Il faut certainement étudier les bataillons dans lesquels ils ont servis pour en savoir plus sur leur parcours respectif.

Philippe Leroux et Augustin Morfouesse

Comme je l’ai expliqué dans d’autres articles, la commune de Paimpont était une commune de patriotes. En regardant les profils de Philippe Leroux et d’Augustin Morfouasse, nous nous rendons compte que les deux ont fait toutes les campagnes de la république de l’an 2 à l’an 9. 

Philippe Leroux sert sur le vaisseau l’Intrépide

Le 29 vendémiaire an 14 (21 octobre 1805), l’Intrépide, sous les ordres du capitaine Infernet, est un des vaisseaux de l’avant-garde franco-espagnole lors de la bataille de Trafalgar.

«Infernet et son équipage, désireux de participer aux combats, désobéirent aux ordres de Dumanoir et s’engagèrent dans la bataille, suivi du navire espagnol Neptuno sous les ordres du capitaine Valdés. L’Intrépide se battit contre les HMS Leviathan, Africa, Agamemnon, Ajax, Orion et Conqueror pour ne hisser le drapeau blanc que vers 17h, la moitié de l’équipage étant mort.

L’Intrépide fut plus tard sabordé suivant les ordres de l’amiral Collingwood pour éviter qu’il ne soit repris par la contre-attaque de l’escadre française menée, deux jours plus tard, par le capitaine Julien Cosmao à bord du PlutonPhilippe Leroux survit à la bataille de Trafalgar et est certainement fait prisonnier, car il se marie en 1815 et 1824 à Paimpont.

Je ne m’étendrai pas sur Augustin Morfouasse qui est décoré de la légion d’honneur et finira sa carrière en tant que lieutenant, car il fera l’objet d’un article spécifique.

Jacques Potdefer

Jacques Potdefer part hors de Métropole où il meurt le 12 février 1808 à l’hopital de Fort de France.

Jean-Baptiste-Justin Mallard

Pour Jean-Baptiste Mallard, son dossier n’est pas encore disponible sur la base de Geneanet, mais la liste des pensionnés militaire du 1er septembre 1817 nous permet d’avoir quelques informations sur lui.

A votre tour!

Si vos recherches vous ont permis de remonter les générations au moins jusqu’au début du XIXe siécle, je ne peux vous encourager qu’à découvrir si un de vos ancêtres ou frères d’ancêtres a participé aux guerres napoléoniennes. C’est une occasion unique pour faire revivre son passé et pour rouvrir des pages oubliés de notre histoire de France. Et surtout, faites moi part de vos découvertes.

Les soldats de Napoléon retrouvés coté paternel
Les soldats de Napoléon retrouvés coté maternel

9 commentaires

Sébastien | Marques Ordinaires · 24 novembre 2019 à 7 h 39 min

Bonjour Yann,
Comme chaque jour, votre article est bien documenté et agréable à lire ! J’ai aussi retrouvé l’histoire de mon aïeul, Louis-Joseph WALENTIN dont j’ai pu retracé le parcours. En complément, si le soldat est revenu, il peut être utile de vérifier s’il existe un dossier de pensionné au SHD de Vincennes. J’ai écrit un article il y a quelques mois qui présente les différentes sources que j’ai utilisées.
http://marques-ordinaires.blogspot.com/2019/08/projet3mois-saison2-ep4.html?m=1

    Yann · 24 novembre 2019 à 12 h 33 min

    Bonjour Sébastien, merci pour le partage. Très intéressant. Je vais me planifier une visite du SHD de Vincennes lors d’un de mes prochains déplacements à Paris.

Rivet · 24 novembre 2019 à 12 h 58 min

Merci, j’avais cherché un peu à l’aveuglette, là c’est très bien expliqué ! J’ai commencé à trouver quelques collatéraux…

    Yann · 24 novembre 2019 à 14 h 46 min

    Merci. Je suis content que l’article vous ait permis de retrouver des membres de votre famille dans cette base.

S.Varlet · 24 novembre 2019 à 21 h 59 min

Bonsoir, j’ignorai que sur géneanet on pouvait retrouvé des soldats du 1er Empire..merci
J’ai pour le moment 3 cousins : 1 colonel d’Empire , anobli, trouvé gràce au dico des colonels du 1er Empire, il eut 1 frère capitaine. Et un autre maréchal des logis, trouvés par la base Léonor car tous les 3 décorés

    Yann · 25 novembre 2019 à 12 h 30 min

    Bonjour,
    belle découverte que ces 3 officiers. J’espère que la base Leonore vous aidera à vous plonger sur leur carrière militaire et que vous en trouverez d’autres grâce à la base de Geneanet.
    Je viens d’écrire un article sur un de mes soldats de Napoléon: http://enquetedenotrehistoire.com/u-comme-lultime-soldat-de-napoleon/

      S.Varlet · 26 novembre 2019 à 13 h 07 min

      Bonjour Yann, oui j’ai trouvé tous les dossiers sur la base Leonor..et des personnes civiles aussi de ma famille..je viens de trouver 1 autre frère à mes 2 cousins Varlet avec le dépouillement sur généanet..il me reste à aller aux archives pour faire d’autres recherches pour obtenir leur numéro et accéder aux fiches sur le site mémoire des hommes.

Marie · 26 novembre 2019 à 9 h 20 min

Bonjour,
J’ai également pu retrouver l’un de mes ancêtres et plusieurs collatéraux grâce à cette indexation, ce qui était une vraie découverte car étant d’origine belge mais n’ayant pas grandi en Belgique, j’ignorais totalement que les armées napoléoniennes comptaient dans leurs rangs de nombreux conscrits wallons et flamands!
J’ai consacrés deux articles à « mes » conscrits, à la lettre G (Gabriel et les autres…) et H (Hommes de l’ombre à l’Honneur).

    Yann · 26 novembre 2019 à 9 h 54 min

    Bonjour Marie, effectivement, les armées de Napoléon ont recruté dans toute l’Europe et à cette époque la Belgique avait été intégrée à la France. Je note vos articles pour les lire.

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