La chope de bière allemande

J’ai toujours été très curieux. Enfant, j’adorais fouiller dans tous les recoins de la maison en quête de trésor. Un jour, en fouinant dans le buffet de la salle à manger de mes parents, je suis tombé sur une vieille chope de bière allemande. Intrígué par cet objet, j’ai interrogé ma mère qui m’a révélé que cette chope était un souvenir d’Allemagne de son grand-père paternel, Joseph Hamon. 

Mais, qu’avait été donc faire mon arrière-grand-père en Allemagne?

Photo d'une chope similaire à celle de mon enfance. La mienne n'avait pas le couvercle métallique.

Comme je l’ai conté dans l’article «Le dramatique incendie du Faubourg Saint Martin», mon arrière-grand-père a perdu à Paris dans de terribles circonstances sa première épouse et un fils.  De retour en Bretagne, il épouse sa cousine issue-de-germain, mon arrière-grand-mère, Maria Richard le 7 juin 1914 dans leur village natal de Plouha dans les Côtes d’Armor.

Mariage de Joseph Hamon et de Maria Richard le 7 juin 1914 à Plouha (22)
Mariage de Joseph Hamon et de Maria Richard le 7 juin 1914 à Plouha (22)

Le dossier de recensement militaire

Le souvenir de la vieille chope de bière me revint en mémoire le jour où je consultai pour la première fois le dossier de recensement militaire de mon arrière-grand-père, Joseph Hamon. Je découvris à sa lecture qu’il avait été prisonnier pendant la première guerre mondiale, ce qui m’expliqua sa présence en Allemagne. Quelques semaines après son mariage, il est incorporé le 4 août 1914 au 74e régiment d’infanterie territoriale et est nommé caporal le 21 novembre 1914. Le  22 avril 1915 à Boesinghe en Belgique, Joseph est porté disparu. Que s’est-il donc passé?

La Bataille de Gravenstafel le 22 avril 1915

La deuxième bataille d’Ypres est une bataille de la Première Guerre mondiale opposant la IVe Armée allemande aux troupes alliées britanniques, belges et françaises du 22 avril au 25 mai 1915. Cette bataille est la seconde tentative allemande pour prendre le contrôle de la ville flamande d’Ypres en Belgique, après celle de l’automne. (1)

La première partie de cette grande bataille est celle de Gravenstafel le 22 avril 1915 qui marque la première utilisation des gaz de combats toxiques  à grande échelle par l’armée allemande.

L e 22 avril matin, les 73e et 74e régiments territoriaux tiennent tout le front s’étendant depuis Langemarck (200 mètres à l’ouest de ce village) jusqu’à Steenstraat, village situé sur le canal, qu’ils débordaient de 300 mètres environ vers le nord (Avec deux bataillons en première ligne et un bataillon en seconde ligne) (2)

Dans le site guerredesgaz.fr, une description de cette première attaque nous fait revivre cette terrible journée: 

«Dans l’après-midi, un feu intense fut déclenché par les artilleurs allemands sur le saillant, à l’aide d’obus explosifs et d’obus chargés en T-Stoff. A 17h10, un tir de fusées lumineuses rouges s’éleva dans le ciel et les pionniers ouvrirent les bouteilles. Un nuage verdâtre s’éleva des lignes allemandes, accompagné d’un sifflement et 149 tonnes de chlore furent déversées en quelques minutes, depuis Steenstraat jusqu’à l’est de Poelcappelle, et le nuage emporté par le vent se dirigea vers les lignes françaises. Les troupes des 45e et 87e divisions qui occupaient les lignes françaises furent anéanties en quelques minutes. L’effet du nuage fut effroyable, la panique indescriptible. Le lieutenant Jules-Henri Guntzberger, commandant la 2e compagnie du 73e R.I.T., se trouve alors à son poste de commandement, situé à 70 ou 80 mètres des tranchées avancées allemandes. « J’ai vu alors un nuage opaque de couleur verte, haut d’environ 10 mètres et particulièrement épais à la base, qui touchait le sol. Le nuage s’avançait vers nous, poussé par le vent. Presque aussitôt, nous avons été littéralement suffoqués (…) et nous avons ressenti les malaises suivant : picotements très violents à la gorge et aux yeux (on observe une irritation oculaire avec le chlore qu’à de très fortes concentrations), battements aux tempes, gêne respiratoire et toux irrésistible. Nous avons dû alors nous replier, poursuivis par le nuage. J’ai vu, à ce moment, plusieurs de nos hommes tomber, quelques-uns se relever, reprendre la marche, retomber, et, de chute en chute, arriver enfin à la seconde ligne, en arrière du canal, où nous nous sommes arrêtés. Là, les soldats se sont affalés et n’ont cessé de tousser et de vomir ». Le médecin aide-major Cordier, du 4e bataillon de chasseurs à pied, fait une remarquable description des symptômes de l’intoxication : « La première impression ressentie est la suffocation, avec brûlure des muqueuses du nez, de la gorge et des bronches. Une toux douloureuse s’ensuit, avec affaiblissement général des forces. En général, les vapeurs ne provoquent pas les larmes. Beaucoup subissent les effets d’un empoisonnement violent : maux de tête, vomissements qui vont jusqu’au sang, diahrée. Il s’ensuit, pendant plusieurs jours, une courbature générale et d’une grande dépression, avec bronchite plus ou moins violente ».

Le front fut crevé en moins d’une heure, mais les troupes allemandes ne purent exploiter le succès, faute de renforts, et durent s’enterrer sur place une fois la nuit tombée, laissant les unités françaises reprendre pied et organiser les premières contre-attaques. Les troupes allemandes avaient progressées au centre du secteur de près de 4 km, faisant 1800 prisonniers et capturant 55 canons et 70 mitrailleuses. Mais sur ses ailes, l’attaques fut stoppée grâce à une résistance acharnées des troupes françaises.

Le 74 RIT, qui sembla accuser les pertes les moins importantes (environ plus du tiers de son effectif), eut 10 tués, 61 blessés et 792 disparus. La 87e DIT ; dont le 74e RIT faisait partie, 55 tués, 139 blessés et 2398 disparus.» (3)

Le dossier de la Croix rouge internationale

Disparu à la bataille de Gravenstafel le 22 avril 1915, le dossier militaire de Joseph nous apprend qu’il est prisonnier à Giessen le 24 juin 1915. puis à Darmstadt le 22 juillet 1915.  Il sera libéré et rappatrié le 30 novembre 1918. 

Sur le site de la croix rouge internationale, il est possible de consulter les dossiers des prisonniers de la Première Guerre mondiale. Le dossier de Joseph m’apprend qu’il a bien été prisonnier à Giessen, au moins jusqu’en juillet 1917. L’information sur Darmstadt est erronée. Chose surprenante, il est présenté sur certains documents comme caporal et sur d’autres comme sergent. J’imagine l’inquiètude mon arriére-grand-mère qui a donné naissance à mon grand-père André le 6 avril 1915 soit peu de jours avant sa disparition.

Qu’a-t-il fait pendant toutes ses années en Allemagne? Etait-il enfermé dans un camp de prisonnier? Ou travaillait-il dans une usine ou dans une ferme? J’ai l’impression d’avoir entendu qu’il travaillait dans une ferme, mais sans certitudes.

Dossiers de la croix rouge internationale
Carte permettant de situer Giessen
Photo de Giessen, Allemagne

Et les combattants de vos familles?

Grâce aux archives, il est possible de reconstituer le parcours de nos grand-parents, arrières-grands-parents ou arrières-arriéres-grands-parents ayant combattu durant la Première Guerre mondiale. Les archives départementales ont mis en ligne les recensements militaires des combattants de la Grande Guerre. Si cette histoire vous a donné envie d’en savoir plus sur les combattants de votre famille, allez vous plonger dans leur dossier de recensement militaires.Vous y ferez certainement de belles découvertes.


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